13/01/2011

Dazibao - Post - 2011-01-13 - Stéphane Olivier  image 1

Les scènes ne sont pas seulement des réceptacles pour les utopies qui peuvent venir s’y exprimer. Pas plus qu’elles ne se limitent à être objets de propositions utopiques, architecturales ou scénographiques. L’espace que nous appelons « scène » est, en lui-même, une utopie.

Pourquoi ? Tout d’abord par une étrange équivoque. La scène est un lieu, c’est certain : matériel, disposé, vidé par une série de procédures concrètes, rendu disponible à son statut de lieu : lieu-de, lieu-pour, lieu dissocié de tout ce qu’il contient, ce qui est conforme à l’essence de la localité. Le lieu n’est pas la chose qui s’y loge, c’est dit de longue date. Cette dissociation est portée par la scène à un extrême accomplissement. La scène est cet espace qui ne se forme ou ne s’ouvre qu’à la condition expresse d’être rendu vide, dégagé, pour être rempli de ce qui ne s’y installera jamais, et, jamais construit à demeure, n’y sera toujours que temporaire, essentiellement distinct de l’emplacement qui l’accueille. Ainsi la scène dit bien le lieu, l’être-lieu du lieu. Tout lieu, en tant que lieu, peut être ainsi figuré : comme une scène de la chose.

Denis Guénoun, Outre le lieu ».

Et au sommaire une interview de Transquinquennal