Encenseurs de la mire, accros de la boîte à programmes de tous pays, ma soeur, mon frêre, n'es-tu pas comme nous un téléphage qui s'ignore en société, mais s'adonne sournoisement à son vice dans l'ombre privée de ses charentaises ? Ne connais-tu pas ces instants de révolte où tu te surprends à consumer la chandelle de tes neurones en pure perte, tellement pure que tu t'en délectes ?
Nous regardons tous la télévision. Mais est-ce qu'elle nous regarde, nous, la télévision ? Il y a là un abus de confiance manifeste. Brisons le tabou du tête-à-tête en seul à seul face à la télé.
Ma soeur, mon frêre, chers téléspectateurs, au théâtre ce soir, la télévision se donnera en spectacle.
Ce soir, c'est nous l'invité surprise.

© Normal
« Tout Vu » « Un spectacle sur la télévision »
Un titre, un slogan, et déjà tout est dit.
Quoique... Bien sûr « Tout Vu » parlera de la télévision. Mais pas seulement.
Peut-on encore parler réellement de la télévision ? Ceux qui s'y essaient, le plus souvent, n'en disent pas grand bien. S'ils suffisait pourtant d'en dire du mal pour qu'on ne la regarde plus, la question aurait été vite réglée. Or plus de nonante pourcents de la population (dans nos pays) regarde quotidiennement la télévision. Nous avons la faiblesse de croire que ces 90 pourcents ne sont pas constitués exclusivement d'imbéciles. Nous le croyons d'autant plus volontiers que nous en faisons partie.
Alors n'aurions-nous pas de griefs à adresser à la télévision ? Evidemment, sans quoi ce ne serait pas drôle, mais nous savons aussi surtout que notre rapport vis-à-vis d'elle est un rapport ambigu et complexe, et qu'à être péremptoire, c'est entrer dans un jeu qui sied très bien à la télévision. Car quoi de plus affirmatif, de plus sûr de soi que la télévision ?
« Tout Vu » ne parle pas que de la télévision. « Tout Vu » parle avant tout de nous. De nous face à une puissance. De nous et de nos contradictions, nous qui sommes porteurs de doute et qui lui accordons, ma foi une certaine valeur.
Et hop là boum ! Au théâtre ce soir, mesdames et messieurs, « Tout Vu », un spectacle sur la télévision !
« Ce qui nous fait mourir de rire chez les metteurs en scène et comédiens du collectif belge Transquinquennal (un habitué de TEMPS D'IMAGES), c'est le regard d'enfant qu'ils portent sur les objets et les événements, sur le monde et sur les gens. Cette notion du normal, de l'évident, du qui-ne-pose-pas-question, qui jalonne le monde adulte, ne semble pas exister pour eux. Comme des enfants, drôles malgré eux, quand ils disent des bêtises, ils nous troublent tout à la fois car leurs bêtises, fort respectables, sont parfaitement intelligentes, c'est-à-dire qu'elles révèlent en creux des bizarreries, des dysfonctionnements réels du monde adulte. Or... ils font semblant, bien sûr. Ils sont grands et loin d'être naïfs. Si leur clairvoyance extrême des situations, leur intuition folle du décalage, le plaisir mutin qu'ils prennent à la dissection, à la multiplication d'expériences impitoyables pour voir ce qui se cache derrière les carapaces, leur amour du jeu et du défi, nous les rendent semblables à d'insolents petits garçons, les objets qu'embrasent leur ironie et leur fantaisie ne laisse planer aucun doute sur la maturité et la méticulosité des choix. Et c'est d'autant plus juteux ! Cette fois-ci, leur cible, c'est la télé. Pas telle ou telle télé, mais la télé en général. Celle qui, imperméable au doute, fait croire qu'elle est un miroir sans tain du réel, une interface pure et transparente en prise directe avec ce qu'elle montre. La télé, parce que c'est tout de même un peu fort que le théâtre ne s'intéresse pas à cette pratique « culturelle » qui rassemble tellement plus de spectateurs et qui, en somme, est tout son contraire. Dépendance et passivité d'un côté, critique et intimité de l'autre : de quoi provoquer quelques frottements étincelants, grinçants et drôles ! Attendons-nous donc à bouffer de la télé, mais pas vautré-tranquille-dans-l'canapé comme d'habitude... »
Mélanie Drouère
De et avec : Bernard Breuse, Miguel Decleire, Jan Hammenecker, Stéphane Olivier, Pierre Sartenaer
Video, technologies multimédia : Charles-Daniel Schreiber, Yacine Sebti, Aliocha Van der Avoort
Direction technique et régies : Marc Defrise, John Bunnens
Identité graphique : Speculoos
Costumes : Sandrine Hanrez
Promotion : Benjamin Brooke
Production, administration : Céline Renchon
Une production de Transquinquennal asbl (www.transquinquennal.be) en coproduction avec le Théâtre Les Tanneurs, le Théâtre de Namur, le Festival Temps d'Images 2005 et la Ferme du Buisson - scène nationale de Marne-La-Vallée, le Centre dramatique de Thionville-Lorraine, avec l'aide de la Communauté française Wallonie-Bruxelles, service du Théâtre