
© Lydie Nesvadba
Nous sommes tous faits du même moule, mais un moule en forme de quoi?
Un spectacle sans un mot sur ce qui se dit mieux sans paroles.
Avec "En d'Autres Termes", Transquinquennal lâche le navire des mots, pour partir, tels des Commandants Cousteau du plateau de théâtre, en plongée libre dans le monde du silence... de la scène.
S'il n'y a pas de mots, c'est qu'il n'y a pas lieu de parler. Que disons-nous quand nous ne disons rien ? Quelles sont les choses dont on ne peut parler que par le silence ? De quelle matière sont faits nos souvenirs, nos pensées, nos sensations, nos rêveries ? Comment s'inscrivent-ils en nous, et à quel endroit résistent-ils aux mots?
Pour explorer ces territoires inconnus, le collectif passe à table et scrute l'inexprimable de nos petites et grandes histoires.
Et après, « the rest is silence ».
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Unité de temps, d'action, de lieu, de costume même (...): on est bien au théâtre et à la fois partout ailleurs. "Certaines choses résistent aux mots"; elles demeurent cependant. Intimes, émouvantes, parlantes.
Marie Baudet, La Libre Belgique
Le passé face à ces quatre êtres de chair et de bonne chère, devient organique, palpitant - en un mot, vivant.
Laurent Ancion, Le Soir
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Je suis né le 31 juillet 1965. Le 31 juillet 1970, mon grand-père est mort. Ce jour là, je voulais jouer dans le jardin, mais même la chèvre me fuyait. Je courais en regardant mes jambes dans l'herbe verte.
J'ai trois souvenirs précis de mon grand-père. Celui-ci ; un autre aussi qui lui est antérieur : mon grand-père était médecin, dans le petit escalier qui menait à son bureau, lui et moi nous regardions ses grands livres d'anatomie qui en usant d'impressions sur feuillets transparents faisaient découvrir, couche après couche, le corps humain ; et un troisième postérieur : je suis allé sur la tombe de mon grand-père, ma pelle à la main et devant le tas de terre, j'ai compris que je ne pourrais pas le déterrer.
Ces trois souvenirs semblent inaltérables. Ni les années, ni le fait que je les ai souvent racontés, écrits, utilisés n'a modifié leur force, leur précision, les intenses émotions que leur évocation provoque.
En quoi les souvenirs s'inscrivent-ils en nous, de quelle matière intérieure sont ils faits ?
Ce ne sont pas des mots, parce j'ai beau les avoirs écrits et réécrits, aucune formulation, syntaxe, métaphore ne m'a parue plus pertinente, vraie, juste qu'une autre. Ce ne sont pas des images ; la chèvre n'était pas blanche comme dans mon souvenir, ma vision de mes jambes courant dans l'herbe ressemble à une photo filée. Le grand arbre qui surplombe le dôme de terre de la tombe ressemble beaucoup à celui sous lequel est enterré John Wayne dans « Les cow-boys ».
Un jour de classe, mon professeur de français donnait une leçon d'introduction à la sémantique. Il demanda à toute la classe : « Qu'est-ce que le sel ? ». Le premier de classe répondit « chlorure de sodium. » Un autre « une poudre cristalline blanche. », « une épice. » En fin de compte, le professeur nous répondit que nous n'avions rendu compte que de ce que nous faisons avec le sel et de quoi il était fait. Mais aucun de nous n'avait dit ce que le sel « est ». Ma main se leva et je dis : « Quoi que l'on dise que le sel est, il ne l'est pas, car ce n'est pas des mots. »
Pendant un instant, je m'imaginais que les soupçons de bêtise congénitale que provoquait invariablement ma dyslexie chez tous mes professeurs allaient être renvoyés au néant. Le professeur me fixa un instant et personne ne dit rien. Juste au moment ou je pensais qu'il allait me féliciter et m'encourager à poursuivre, il dit « Bien sûr, le sel n'est pas un mot. Mais vous ne m'avez toujours pas dit ce qu'est le sel. »
Certaines choses résistent aux mots. Le sel. Trois de souvenirs de mon grand père.
Si nous voulons dire quelque chose sur certaines choses qui ne seront jamais des mots, il nous faut être silencieux. Essayer de dire quelque chose sur ce qui résiste aux mots, c'est l'objectif de ce projet.
Trois souvenirs de mon grand-père , Stéphane Olivier
Date de création : le 20 avril 2004
De: Transquinquennal
Avec: Bernard Breuse, Miguel Decleire, Stéphane Olivier, Pierre Sartenaer
Technique et régies : Joëlle Reyns
Développement et conseil technologies: Jacques Hoepffner
Conception et réalisation du robot : Triline sa. (Walter Gonzalez)
Constructions : Olivier Waterkeyn
Costumes : Ann Weckx
Traitement des images: Agnes Bewer
Production: Céline Renchon
Une production de Transquinquennal, en coproduction avec le Théâtre Les Tanneurs, Le manège.mons / CECN, TechnocITé, avec le soutien du Ministère de la Communauté Française Wallonie-Bruxelles, du CECN2 et du FEDER dans le cadre du programme Interreg IV France-Wallonie-Vlaanderen. Transquinquennal (www.transquinquennal.be) est en résidence au Théâtre Varia et est soutenu par la Communauté Française Wallonie-Bruxelles.