Est

d'Eugène Savitzkaya

En 1000 questions, Eugène Savitzkaya et Transquinquennal tentent de faire vaciller le monde de son socle.
D'abord, on se racle la gorge, on muse, on s'aère, on questionne le néant et on sème de la farine afin que se relèvent les traces de patte des rats qui ont dansé toute la nuit sur la panse du ministre de l'ordre, géant boursouflé couché en travers de la place publique.
EST commencera quand on aura dépecé ce grotesque chapon engraissé aux protéines américanisées, unies, stables et atones.
Des larmes seront versées, mais d'ivresse exquise.

ES1 -  © Herman Sorgeloos

© Herman Sorgeloos

Est, du verbe être, est une forme non identifiée de spectacle. Entre l'interrogation philosophique, le jeu de l'oie ou de dominos, entre le cadavre exquis et la boîte à malice de Pandore. Ce jeu-là renoue avec les grandes questions par l'interrogation ouverte, déambulatoire, socratique. (...) Rien dans les poches, rien dans les mains, ils et elles ne nous donnent à voir que des hommes et des femmes, belles, sympathiques, qui s'inquiètent, doutent, retrouvent le poids des mots, leur sens premier pour remettre l'enjeu en jeu. Ils sont « l'outil de la pensée » d'Eugène Savitzkaya, et non ses interprètes, ce rôle-là nous échoit. On rit, on s'étonne, on prolonge les questions, on prend celle-là pour soi, on passe la suivante à son voisin, on attend quelque chose qui ne viendra pas. Rien d'autre ne se passera que cette course relais sans palmarès. (...) Mais au-delà de l'étrangeté de cette invitation à penser et à sentir autrement, et du léger malaise que l'on a à se retrouver face à ces aristotéliciens d'aujourd'hui, se dessine toute notre condition face au Cosmos, à l'humanité et notre responsabilité d'individu face à nous-mêmes et à la société. Légèreté, gravité, humour, poésie, tendresse, surréalisme, Eugène Savitzkaya déploie toute sa gamme avec l'aisance d'un piano bar. Comme toujours chez lui, c'est de la fragmentation, de l'infiniment petit rassemblé, c'est de l'anodin qu'émergent les vrais mystères, aussi vrais que nous sommes poussières d'étoiles. « Etes-vous morts ? », demandent en final les écluseurs de mots devant quelques cadavres de bouteilles. Et nous, de leur demander en écho, « Etes-vous saouls ? »

Sophie Creuz "L'écho"

EST - photo c2 -  © Herman Sorgeloos

© Herman Sorgeloos

(...)

est-ce ?

est-ce toi qui m'appelles ?

m'appelles-tu avec des mots ?

me dis-tu des mots sans suite ?

me suis-tu pas à pas ?

est-ce toi que je suis ?

te suivrai-je ?

où te suivrai-je ? (...)

Eugène Savitzkaya, extrait de "Est"

Auteur liégeois d'origine russe et polonaise, Eugène Savitzkaya a publié une trentaine de romans, poèmes et textes de théâtre, principalement aux Editions de Minuit : "Un jeune homme trop gros" (1978), "La Folie originelle" (1991),"En vie" (1996), "Cochon farci" (1997), "Célébration d'un mariage improbable et illimité" (2002)... En collaboration avec Transquinquennal, il a écrit entre 1994 et 2000 "Aux prises avec la vie courante", "Est", et "La Femme et l'Autiste" (éd. Le Fram).

Crédits

Mise en scène : Stéphane Olivier

Interprétation : Bernard Breuse, Nathalie Cornet, Dominique Roodthooft, Pierre Sartenaer

Production, administration : Céline Renchon

Photographie : Herman Sorgeloos

Une production de Transquinquennal asbl (www.transquinquennal.be), en coproduction avec le Théâtre Les Tanneurs, avec l'aide du Ministère de la Communauté française Wallonie-Bruxelles

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