Chômage

Transquinquennal / L'L

De C4 en carte de pointage, de visite à la FGTB (la CSC ou la CAPAC), en salle d'attente de l'ORBEM, de statut en absence de statut, nous ne connaissons vraiment bien qu'une chose...

De ce temps consacré à notre survie, de nos aventures quotidiennes, de ces parts de bonheur perdu, il faut faire acte...

Transquinquennal crée chômage un spectacle sur le travail.

Mais parce que notre volonté de faire plus que soulever des questions sans réponses, de présenter une vision claire, documentée est constamment dépassée par les faits ; Parce que la course à la poursuite de la vérité sur le chômage est désespérée, absurde et ridicule. “Chômage” fait rire.

Chômage -  © Cassandre

© Cassandre

Pierre-Paul > Trahison, trahison !

Françoise Flémalle > PP, je vais vous expliquer.

Madame Canard > PP soyez raisonnable, ouvrez cette porte

Pierre-Paul > Non ! “La garde meurt mais ne se rend pas. »

Madame Canard > Il a bu.

Vincent > D'habitude, il commence plus tard.

Pierre-Paul > Ah elle est belle la solidarité ! Vous étiez tous au courant et vous ne m'avez rien dit. Françoise Flémalle > Personne n'était au courant PP.

Madame Canard > Si Françoise ne nous a pas révélé sa véritable identité, c'était pour éviter tout favoritisme. Et puis ne soyez pas égoïste, pensez un peu à elle, n'ajoutez pas à son chagrin.

Françoise Flémalle > PP, vous m'écoutez ?

Françoise Flémalle > Même mon père l'ignorait. Si j'avais dit que j'étais la fille du ministre, vous m'auriez regardée autrement. Je me trompe PP ?

Madame Canard > PP ça va faire une heure...

Vincent > Une heure dix.

Françoise Flémalle > Vous voulez que je me mette à pleurer ? C'est ça que vous voulez ?

Madame Canard > Vous voulez qu'elle pleure ? Si elle pleure, je vais pleurer aussi. Vous le savez bien PP. Pierre-Paul ouvre la porte.

Pierre-Paul > C'est pas beau le chantage, Madame Canard. Françoise..., pour votre père..., condoléances. C'est terrible la mort. Vous voulez une bière ? Françoise Flémalle > Non, merci PP.

Pierre-Paul > Le suicide..., il faut être courageux. C'est pas donné à tout le monde. Excusez-moi, mais il avait des couilles votre père.

Madame Canard > PP !

Pierre-Paul > Quoi ? On n'a plus le droit d'avoir des sentiments ? Je défendrai toujours le droit d'avoir des sentiments. J'aime pas les politiciens, Françoise, mais votre père, c'était un brave type. Je défendrai toujours les braves types. C'était un brave type.

Vincent > Pas sûr que ce soit héréditaire. Je ne dis pas ça pour vous Françoise. Madame Canard > Votre frère avait l'air très triste à la télévision.

Françoise Flémalle > Il avait l'air, oui.

Vincent > Et aussi très décidé . Françoise Flémalle > C'est son genre.

Pierre-Paul > A André Flémalle, le fils de celui qui avait des couilles !

Madame Canard > PP, vous êtes saoul et vous dites n'importe quoi !

Entrée de Bernard, un dossier à la main.

Bernard > Madame Canard...

Madame Canard > C'est à cette heure-ci que vous arrivez ?

Bernard > J'ai eu un accident de voiture, madame Canard.

Madame Canard > Bernard, je ne suis pas d'humeur, il y a des limites..., j'ai de la patience, mais je ne suis pas naïve. Je suis désolée mais monsieur Belvaux sera mis au courant.

Bernard > C'est que justement... Madame Canard > Quoi justement ?

Bernard > Je viens de le renverser, Madame Canard.

Madame Canard > Vous avez renversé monsieur Belvaux ?...

Pierre-Paul > A la mémoire de monsieur Belvaux !

Madame Canard > PP !!!

Bernard > Ce n'est pas de ma faute, il a brûlé la priorité.

Françoise Flémalle > C'est grave ?

Bernard > Je ne sais pas. Il est à l'hôpital. Madame Canard > A l'hôpital ?

Bernard > Je n'y suis pour rien Madame Canard... Je voulais conduire la petite à la crèche > elle était fermée, à cause d'une épidémie de rougeole. Alors, en allant à la crèche de remplacement, pas loin d'ici, j'ai écrasé monsieur Belvaux..., sur son vélo... Avant de s'évanouir, il répétait “plemploi, plemploi” et puis il m'a donné ça pour vous, en disant “Madame Canard page 36, Madame Canard page 36” !

Bernard > Ca parle de quoi Madame Canard ?

Madame Canard > (lisant) Plemploi ; contraction de plein emploi et de plan pour l'emploi. Messieurs les directeurs-adjoints, le nouveau plan pour l'emploi, dont la mise en application... Il semblerait que ce soit le nouveau plan du nouveau ministre, votre frère Françoise... (lisant) “En total accord avec les syndicats, le plan que j'ai élaboré, comporte deux points essentiels > 1- Introduction de capitaux privés dans l'assurance chômage organisée par l'état. 2- Amélioration du fonctionnement de notre marché du travail par une réorganisation et une gestion semi-privée des services concernés”.

Vincent > Page 36 Madame Canard.

Madame Canard > . “Rémunérations des agents F2 au service de l'organe national du placement des sans-emploi...

Vincent > Tiens, ça parle de nous.

Pierre-Paul > Aïe, aïe, aïe.

Madame Canard > ”Le système de rémunération mensuelle indexée, type 2332 est abrogé et remplacé par le barème 2427.“

Pierre-Paul > Aïe, aïe, aïe.

Madame Canard > ”Désormais les agents F2 au service de l'organe national du placement des sans-emploi seront rémunérés à la prime, par chômeur placé, cfr infra”.

Vincent > Par chômeur placé...

Madame Canard > ”Les différents responsables des différents services seront réajustés de manière proportionnelle aux résultats obtenus sous leurs ordres”. La valeur de la prime est encore à déterminer”.

Françoise Flémalle > Il est fou, il est complètement fou.

Bernard > Nous allons être payés à la pièce ?

Pierre-Paul > En tant que représentant syndical, je m'élève contre cette atteinte à la démocratie. Je propose un arrêt de travail de deux minutes !

Madame Canard > Une grève de deux minutes, mais c'est ridicule.

Bernard > Françoise, vous avez une idée de la valeur de la prime ?

Pierre-Paul > Grève ! Grève !

Chômage -  © Cassandre

© Cassandre

Historique

Le sujet de la comédie que nous désirions écrire à trois, fût, après quelques week-end de concertation, déterminé au coeur de l'été 93.

Nous n'avions alors, à titre personnel, de l'écriture qu'une expérience parcimonieuse et bricolée.

Il était important de trouver un thème commun en marge, à priori, de préocupations respectives trop précises, trop caractérisées, historiques ou affectives, afin d'éviter toutes frustrations et tensions qui en découleraient et d'assurer ainsi ce qui semblait l'essentiel à nos yeux : écrire à trois, réellement à trois.

Le chômage réunissait ces différentes conditions. Nous en possédons une expérience pratique certaine, la vivant de façon relativement supportable, aidés en cela par nos activités artistiques, qui nous confèrent une prise de distance que peu de personnes concernées directement par le sujet paraissent détenir. (le poids du monde au bureau de pointage, est une image qui prend corps).

Un sujet dans lequel, au travers des médias, nous sommes plongés depuis l'enfance, qui s'est amplifié avec le temps, qui nous a rattrapé, auquel nous faisons part maintenant et dont une fin, à l'échelle de nos existences, relèverait de l'improbable fable ; un fleuve, toujours grossissant, parsemé d'écluses, de barrages provisoires, d'embacles et de débacles, dont on ne s'inquiète réellement plus ni de la source, par trop lointaine, ni de la mer ou l'océan dans lequel il pourrait se jeter tant l'habitude a fait de nous ses riverains passifs, ses riverains attitrés.

On s'étonnait du peu de pièces, du peu de spectacles qu'un tel sujet offrait aux spectateurs. Sans doute des oreilles rebattues veulent se distraire ou s'attarder ailleurs. Se retrouver perpétuellement dans une mélasse uniforme n'est agréable pour personne, voire même souhaitable.

Notre volonté première est de ne pas tomber dans le dogme de ce qui serait, à priori de dire, que dans un avenir proche il existera ou il n'existera pas des solutions économico-techniciennes, pas encore trouvées, à la crise -temporaire - de notre système.

Pour nous le problème ne se situe pas là.

Il faut se rendre à l'évidence, le chomage est déja mis en scène. Le discours politique, l'interpretation social du phénoméne, la perception commune de celui-ci, l'on transformé en une représentation. Tout se passe comme si la necessité de vendre et de diffusé l'information et l'espoir contribuait a accentué la distance au fait réel.

Il y a dans notre projet une volonté de crée une absence de représentation du chomage en tant que fait politique et sociale et de nous attaché à la perception du chomage comme celle de l'individu.

Certains dicours sur le chomage : le chomeur est un malade, le chomage une épidémie et la façon dont le chomage est traité de manière prophylactique, hygiéniste ; peuvent être sémiologiquement comparer au discours des révisionniste qui minnimise et organise un doute autour du génocide nazi, espérant sans doute ainsi déculpabilisé la société de ce crime.

Le glissement linguiste du chomeur vers l'exclu, du chômage vers l'eclusion ; n'est pas seulement la reconnaissance de certaines faille de l'état providence ; mais une évolution de la place que la société reconnait aux individus. C'est bien la sociète qui les exclus de sa représentation, qui les met hors-la-vue, ce ne sont pas les individus eux-même.

Dans tout les discours politico-scientifique, il y a d'abord pour l'intervenant une urgence fondamentale, clarifiez le fait qu'il n'est pas identifiable au chômeur, qu'il n'est pas chômeur. On ne pourrait parler du chomage qu'en l'étudiant, donc en travaillant dessus et dés lors ne plus en faire partie. Symboliquement, on pourrait dire que le chômage n'a pas le droit de crée son propre métalanguage, il n'a pas le droit de parler de lui ; menaçant alors de crée une ambiguité conflictuelle dans la structure sociale.

Le danger de tout travail sur le chomage serais donc paradoxalement que c'est un travail et qu'il est donc hors sujet.

Lors de la création du spectacle ce paradoxe ne devrais pas manqué de nous crée quelque difficulté, mais aussi de nous motivé, car si nous avons appris un chose dans ce travail préliminaire, c'est que nous somme tous des chômeurs en sursis.

Sans doute avec plus de cruauté que pour un autre, un sujet comme celui-là, nécessite une déantologie de la création.

Les médias et le politique ne veulent ou n'arrive pas à traité le chomage autrement que comme une catastrophe naturelle, une épidémie ou un accident. En se sens et a de rare exeption il confère au chomage la même réalité que l'existence des soucoupe volante. Un discours de politique, d'economistes, de spécialiste a t-il un autre rôle que le déréalisé, de lui conféré un status spéciale d'information, qui exclu le chomeur en privant l'individu de sa propre représentation. Le chômage ne serait-il intolérable que dans la réalité, comme les conflits du monde qui le sont devenu par la présence d'une caméra.

Il faudrait donc montrer le chômage.

Dans “Chômage”, il s'agit bien de cela.

Notre spectacle n'est pas un acte politique, mais bien un acte proprement théatrâle, il veut participé à la mise en représentation du chômage.

Crédits

Date de création : le 13 mai 1998

Mise en scène : Stéphane Olivier

Distribution : Lula Béry/Dominique Roodthooft, Bernard Breuse, Miguel Decleire, François Joinville, Serge Larivière, Francesco Mormino, Stéphane Olivier, Isabelle Puissant/Mieke Verdin, Pierre Sartenaer, Anne Sylvain

Responsable de la production : Philippe Kauffmann avec l'aide du Ministère de la Communauté française de Belgique

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