Ah oui ça alors là

Rudi Bekaert / De Markten

Quelque part, une tour avec dix étages d'habitations à loyer modéré, appelée bloc A. Chaque étage est divisé en trois appartements.

Les habitants se rencontrent dans le hall de l'immeuble, parfois ils y rencontrent aussi les occupants d'un autre bloc ou des personnes complètement étrangères au bâtiment. Madame Lucie Vandeput du quatrième étage, doit souvent quitter son appartement, tantôt pour acheter des poireaux, tantôt pour aller chez le vétérinaire. Elle en profite pour connaître les dernières nouvelles et pour donner son avis. Ah tiens, voilà madame Sylviane Souris, du troisième . Cette dernière est connue - cela dit entre nous - comme un sacré numéro, et il semble qu'elle ait souvent un verre dans le nez.

Madame Laurette Van Windegem (deuxième étage) a elle-aussi des opinions bien à elle en ce qui concerne le comment et le pourquoi de tous les jours. Elle a, entre autres, un avis bien précis sur madame Henriette Hantise ( cinquième étage ),une personne très religieuse ( pourquoi d'ailleurs, ne peut-elle plus exercer son métier de professeur de français chez les Ursulines ?).

Son fils Jean-Luc, qui habite encore au sein de la famille, va épouser Claudine, la fille de Valère De Smet, habitant du bloc B et gardien des immeubles. Jean-Luc se retrouve impliqué malgré lui dans une série de situations difficiles. Il y a même un mort. Ce qui se passe exactement, on l'apprendra peut-être de la bouche de madame Jeannine Van Winkelghem ( septième étage- qu'il ne faut pas confondre avec Mme van Windegem citée plus haut ). Ou bien l'apprendra-t-on par Josiane Carton, concierge des blocs et demeurant avec sa famille dans le bloc C ? Son fils Freddy est un grand ami ( !) du fils Hantise...

Voici une petite poignée de sujets qui (pré)occupent les habitants : les plantes et les engrais idéaux, les coiffures de toutes sortes, les recettes pour la préparation d'entre-autres la truite, les caniches et les chats et leurs relations mutuelles, le temps dans tous ses aspects et ce qu'il faut mettre suivant les conditions météorologiques, la politique, les enterrements, la danse du ventre, les couronnes funéraires et les mariages, les planches à repasser, les enfants et l'avortement, la science, les immigrés et le racisme, les conflits linguistiques, l'art, les fruits et les légumes, les juifs, la drogue, les voisins et les bruits qu'ils produisent, les ascenceurs, les boîtes aux lettres, les produits cosmétiques, la police... En fait beaucoup trop .

Rudi Bekaert

Ah oui 2 - © Herman Sorgeloos

© Herman Sorgeloos

Interview par Philippe Sagesse, journaliste au magazine "Théâtre Aujourd'hui"

P : Philippe Sagesse, journaliste du magazine Théâtre Aujourd'hui
A : madame Laurette Van Windegem, habitante
B : madame Lucie Vandeput, habitante

P > bonjour mesdames. voilà, comme convenu je suis là pour l'interview.
A > ah oui l'interview.
B > et qu'est-ce qu'on doit vous dire ? de quoi ça parle cette pièce ? oh je ne sais pas moi.
A > euh c'est à dire, il y a beaucoup de choses.
B > oui beaucoup, naturellement.
P > est-ce que vous pouvez essayer d'en saisir la thématique brièvement ?
A > c'est une pièce qui parle de la vie - je crois.
B > oui de la vie de tous les jours comme ça.
A > oui quelque part vous dites : "quel jour on est ? les jours se suivent tellement, à la fin on ne sait plus."
B > oui, c'est cela. c'est un passage essentiel ça.
A > mais c'est vrai qu'à la fin on ne sait plus.
B > ah oui, puisque je le dis.
A > mais pourquoi cherchez-vous à connaitre le jour qu'on est ?
B > ah parce qu'à chaque jour correspond une activité différente, n'est-ce pas ?
A > ah voilà !
P > donc les jours ne se ressemblent pas ?
B > oui. si. c'est à dire qu'ils se ressemblent dans la continuité. tous les mardis sont pareils.
A > oui vous allez chez la coiffeuse vous.
B > oui chez Agnès. la mise-en-plis coûte 295 francs et la permanente 595 francs. mais la plupart du temps c'est une permanente que je choisis. c'est plus beau hein.
A > oui ça dépend. mais disons que c'est une pièce du genre fort existentialiste.
B > oui il y a aussi des animaux.
P > vous avez, en général, une attitude plutôt raciste ?
B > oui beaucoup d'animaux. c'est normal hein, ça fait de la compagnie.
A > et des plantes.
B > oui madame Van Windegem elle a beaucoup de plantes.
A > il y a beaucoup de cafards aussi dans la pièce
B > oui. c'est un peu morose parfois. un peu gris.
A > je dirais que c'est un réalisme un peu postmoderniste.
B > ah vous trouvez ?
A > ben oui.
B > moi je ne trouve pas. non pas du tout.
A > oui. oh c'est possible, vous savez. en tout cas c'est très conceptuel.
B > ça on peut le dire. ah oui.
A > il y a des gens aussi qui se comportent n'importe comment.
B > oui c'est vrai. plus aucune gêne.

Ah oui 1 -  © Herman Sorgeloos

© Herman Sorgeloos

D'DT, tel est le nom de l'association temporaire qui regroupe la compagnie néerlandophone Dito'Dito et la compagnie francophone Transquinquennal : deux collectifs de théâtre bruxellois qui depuis 1994 conjuguent régulièrement leurs efforts pour monter des projets théâtraux bilingues. Tous deux sont fortement implantés dans la réalité socioculturelle de la capitale. Ils veulent jeter des ponts non seulement entre les néerlandophones et les francophones, mais aussi entre les nombreuses autres communautés culturelles qui vivent à Bruxelles. Ces deux collectifs s'intéressent également à la création de textes de théâtre contemporain (Rudi Bekaert, Philippe Blasband, Eugène Savitzkaya, etc.).

Crédits

“Ja ja maar nee nee” et “Ah oui ça alors là” sont une seule et même pièce ; la première étant la traduction néerlandaise (faite par l'auteur) de la seconde.

Le spectacle “Ja ja maar nee nee”, bien que comportant de larges plages du récit en français, est joué essentiellement en flamand.

Le spectacle “Ah oui ça alors là”, bien que comportant des plages moins larges en flamand, est joué essentiellement en français.

Date de la création : le 21 novembre 1997

Mise en scène collective

Production : Dito'Dito & Transquinquennal, en coproduction avec le Kaaitheater

Avec l'aide de Bruisend Brussel et du Vlaamse Minister van Brusselse Aangelegenheden et de la Vlaamse Gemeenschapcomissie van het Brussels Hoofdstelijk Gewest

Distribution : Kadi Abdelmalek/Rudi Bekaert, Bernard Breuse, Guy Dermul, Circé Lethem/Nedjma Hadj, Stéphane Olivier, Pierre Sartenaer, Willy Thomas, Mieke Verdin

Regie : Kadi Abdelamlek/Bart Luypaerts/Stéphane Grouard

Organisation : Ann Olaerts

Assistant à la production : Jim Segers

Stagiaire : Jan Geers

Responsable production pour Transquinquennal : Philippe Kauffmann

Création lumière : Inne Box

Construction Décor : Koen Bauwens & Piet De Koster

Affiche : Bernard Van Eeghem

Photographie : Herman Sorgeloos

Ja ja maar nee nee - 1997 / Rudi Bekaert

Date de la création : le 8 octobre 1997

Mise en scène collective

Production : Dito'Dito & Transquinquennal, en coproduction avec le Kaaitheater ; avec l'aide de Bruisend Brussel et du Vlaamse Minister van Brusselse Aangelegenheden et de la Vlaamse Gemeenschapcomissie van het Brussels Hoofdstelijk Gewest

Distribution : Rudi Bekaert, Bernard Breuse, Guy Dermul, Circé Lethem, Stéphane Olivier, Pierre Sartenaer, Willy Thomas, Mieke Verdin

Organisation : Ann Olaerts

Responsable production pour Transquinquennal : Philippe Kauffmann

Assistant à la production : Jim Segers

Stagiaire : Jan Geers

Création lumière : Inne Box

Construction Décor : Koen Bauwens & Piet De Koster

Regie : Jim Segers/Bart Luypaerts/Robrecht Ghesquière Affiche Bernard Van Eeghem

Photographie : Herman Sorgeloos

Publication

+ Ja ja maar nee nee, Bebuquin, ISBN 90-75175-19-1

Photos haute définition


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